Aimé Pouly fusionne avec le genevois Novafood

Deux grands acteurs de la boulangerie romande ont annoncé leur fusion hier soir à leurs employés. Il s'agit d'Aimé Pouly, réputé pour son célèbre Pain "Paillasse", et de Novafood SA, une boulangerie semi-industrielle ayant déjà repris le groupe Jean-Paul Zogg en 1997, titulaire de l'enseigne Pain d'Or. Ce mariage va déboucher le 1er Février prochain sur la naissance de Pouly Tradition SA.

Outil de travail trop petit

Celui qui est d'ores et déjà le plus gros boulanger de Genève est victime de son succès. "Cette fusion n'est pas dictée par un esprit dominateur ou d'économie d'échelle au niveau du personnel. Elle est dictée par des synergies effectives au niveau des unités de production, celles de mon groupe étant trop petites et celle de Novafood trop grandes, relève Aimé Pouly. Il m'aurait fallu bientôt créer un quatrième site (ndlr: les produits de boulangerie sont fabriqués à Chêne-Bourg, la pâtisserie à la Servette et le service traiteur à la rue de Carouge) et donc investir plusieurs millions de francs. Du fait que j'ai 50 ans, mes banquiers ont renâclé. Pour moi, la solution Novafood est une occasion rêvée".

L'usine Novafood de Satigny ne delivrant plus 32 points de vente s'avère surdimensionnée. "2 millions de francs ont récemment été investis pour installer entres autres des fours traditionnels à sole fixe. Diverses synergies vont intervenir, notamment au niveau des livraisons qui partiront toutes d'un seul endroit", ajoute Rodolphe Simon, président du conseil d'administration de Novafood SA.

"Menace" française

Il y avait donc convergence d'intérêts. Et la solution choisie semble bonne pour l'emploi, puisque aucun licenciement n'est prévu. La nouvelle entité comprendra quelques 450 futurs collaborateurs, 200 venant de Pouly et 240 de Novafood. "Nous espérons créer une centaine d'emploi d'ici cinq ans. Mais nous avons malheureusement de la peine à trouver du personnel qualifié", précise Aimé Pouly.

Cette solution genevoise permet d'éviter le démantèlement qui menaçait Novafood, laquelle cherchait un acheteur depuis deux ans. Un candidat sérieux, un industriel français était sur les rangs. Mais cela aurait engendré l'importation des deux tiers de la production de Novafood et donc des licenciements importants.

Du côté syndical, la nouvelle ne surprends pas. "Nous souhaitons que la convention collective en vigueur chez Novafood puisse être appliquée à l'avenir dans la nouvelle entité", relève Olivier Salamin, secrétaire syndical au SIT.

Pouly Tradition vise un chiffre d'affaires de 40 millions de francs. Actuellement Novafood réalise 25 millions de francs et Pouly 16 millions. "Nous aurons une rentabilité intéressante dès la première année", confie Rodolphe Simon.

Cette fusion s'accompagne d'un recentrage de leurs activités sur Genève et la Suisse romande. Appartenant aux mêmes actionnaires que Novafood, la société Marending sise à La Chaud-de-Fonds et à Berne ne fait pas partie de la transaction. Même chose pour la franchise pour la Paillasse, achetée par plus de 150 boulangers suisses, allemands, autrichiens et portugais. Elle restera une affaire de la famille Pouly.

Le groupe des Minoteries de Plainpalais venu au secours de Novafood voici deux ans va profiter de la naissance de Pouly Tradition SA pour diminuer drastiquement sa participation. "A terme nous souhaitons sortir entièrement pour nous recentrer sur nos activités de base", confirme Gérald Rosset, administrateur des Minoteries.

L'accord, signé tard dans la nuit du 16 décembre, prévoit une concentration des activités de production à Satigny. Les brigades de production et de logistique seront progressivement formées en fonction du déménagement des lignes de productions sur une période de six mois.

Plusieurs fours à bois y seront transférés afin de poursuivre sur des bases traditionnelles, la fabrication de la Paillasse, entre autres. "L'ère industrielle et surgelée est révolue", observe Aimé Pouly. Comme à son habitude, ce dernier ne manque pas de projets. Il ambitionne une sorte de Drive-in sur la parcelle de l'usine de Satigny avec à l'extérieur un four à bois traditionnel.

Pouly Tradition se retrouvera à la tête des 20 points de ventes actuels de Pouly et des 12 Pain d'Or gardés par Novafood, a ce propos, relevons que deux magasins avaient été préalablement vendus au printemps au groupe Bon Appétit, puis cinq autres à un dénommé Charles Benhayon. "Nous nous gardons bien de devenir un concurrent du boulanger-artisan qui aura toujours ses produits niches", insiste Rodolphe Simon. La nouvelle société pourra s'appuyer sur la Paillasse, mais aussi sur d'important clients à qui Novafood livre ses produits tels DSR, Télérestaurant, Canonica, etc ...

Structure plus solide

"Avec Novafood, une cheffe du personnel et un directeur financier pourront désormais m'épauler", relève Aimé Pouly, lequel sera l'actionnaire majoritaire de Pouly Tradition SA. Quant à Rodolphe Simon, un ancien boulanger qui est au conseil d'administration de la nouvelle entité.

Alors qu'il a célébré cette année le 25e anniversaire de son entreprise, Aimé Pouly n'entend pas se contenter de gérer son succès : "En fusionnant avec Novafood, il s'agissait pour moi aussi de relever un défi". Il est vrai que l'homme est un fonceur. Ne participe-t-il pas aux Championnats de France au volant d'une porsche GT2 en compagnie du pilote professionnel Philippe Favre ?

 

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